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Les doulas, l'arbre qui cache la forêt.
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Comment quelques femmes en France qui réinventent une façon de
soutenir les femmes, les hommes autour de la naissance, en créant en
France les doulas, qui existent dans beaucoup de pays (et non pas seulement
une « mode » venue des Etats-Unis »), comment
font-elles pour susciter autant de réactions des Conseils médicaux,
lorsque justement leur fonction n'arrive qu'en complément du médical ?
Comment ont-elles réussi à faire parler du manque de sage-femme
bien plus que dans les dernières années, par leur seule existence ?
Les femmes ont toujours accompagné les femmes. Les femmes se réunissaient,
échangeaient des conseils, se passaient les recettes de grands-mères
en petites filles, dans une solidarité, une sororité évidente.
Aujourd'hui, cela n'est plus toujours le cas. De nombreuses femmes témoignent
de ce manque de transmission, d'un vide immense.
D'autre part la fonction de mère, cette image presque sacrée d'amour
infini et inconditionel, a écopé en plus de ces attentes, de nouvelles
responsabilités. La mère est responsable du bien-être physique
de ses enfants, médical, mais aussi psychologique. Les articles se succèdent
proposant des chemins différents mais tous affirmés comme étant
indispensables à l'équilibre de l'enfant et de l'adulte qu'il
deviendra. Allaitement ou biberon, sommeil, alimentation, les injonctions viennent
de partout, pédopsychiatres, pédiatres, sages-femmes, journalistes,
auteurs...
La place du père est aussi devenue la responsabilité de la mère.
Quelle mère n'a pas entendu qu'elle ne laissait pas sa place au père,
qu'il faut le laisser faire à sa façon, penser à retrouver
sa vie de femme... Et c'est encore à elle que revient la réussite
ou l'échec.
Le père lui a la responsabilité de protection, mais aussi d'être
un nouveau père, de changer les couches, d'être là à
l'accouchement avec si souvent comme seul outil... un brumisateur. Quel est
son vécu, à cet homme, face à la femme qu'il aime traversant
ce passage, face à la naissance de son enfant ?
La grossesse est médicalisée, suivie par différents professionnels
parlant un langage rarement accessible. On informe les femmes des tailles et
positions de leur col de l'utérus, quand bien souvent elles ne savent pas à
quoi cela correspond. L'accouchement est une routine bien réglée,
et l'on entend « ne vous inquiétez pas nous savons ce que
nous faisons ». Bien sûr, et heureusement !
Mais pour cette femme, cet homme, c'est la naissance de leur enfant, un moment
unique, fondateur dans leur vie. Et nombreux sont ceux qui témoignent
s'être sentis « dépossédés »,
volés de cet instant, voire traumatisés.
Le suivi après l'accouchement est quasiment inexistant. Trois à
cinq jours à la maternité, avec des conseils à nouveau
contradictoires selon l'équipe, et retour à la maison. Et là,
qui appeler ? Qui viendra prendre soin, transmettre à la jeune mère ?
Pour celles qui reçoivent de leur famille, de leurs amis, c'est merveilleux,
mais pour les autres&nsp;?
Ceci n'est pas une accusation des pratiques médicales. C'est un constat,
issu de la parole des parents. Les sages-femmes font un travail remarquable
dans des conditions parfois épouvantables. Avec amour et attention, elles
prennent soin de cette femme, qu'elles ne connaissent pas, le jour de la naissance
de son enfant. Elles prennent soin parfois de 5 femmes en même temps.
Sans avoir les moyens de connaître l'histoire de ce couple, de cette grossesse,
de cette famille. Elles ont le savoir médical qui permet d'accoucher
en sécurité, et c'est ce qui permet de pouvoir aujourd'hui se
poser la question du bien-être psychologique. Elles ont aussi le savoir
humain. Les obstériciens sont compétents, savent faire les gestes
indispensables. Les équipes de puéricultrices, d'aides soignantes
souhaitent aider les femmes.
Mais quand il n'y a pas de politique commune au sein d'un hôpital, chacune
amène son savoir, à sa façon. Sans souvent se rendre compte
que ces informations contradictoires sont extrèmement difficiles à
gérer pour les jeunes parents.
Les PMI aimeraient prendre le relai. Cependant l'information ne passe pas si
facilement entre le lieu de naissance et le lieu de résidence. Les moyens
sont limités et, comme c'est logique, ils sont attribués en priorités
aux familles en difficultés. Pourtant, les difficultés sont parfois
muettes, difficiles à voir, et les chiffres de la dépression post
natales sont très élevés.
Les parents aujourd'hui demandent un autre écoute. Les parents aujourd'hui
expriment une demande, expriment leurs blessures, expriment qu'ils ont besoin
d'une autre forme de soutien.
Les parents savent que cela n'enlèvent en rien ce qu'ils reçoivent
par ailleurs, comme ils en témoignent. Ce n'est pas parce que notre soeur
nous écoute, que nous n'avons pas besoin que notre mère en fasse
autant. Même si la sage-femme qui suit ce couple est disponible, accueillante,
à l'écoute, qu'elle a les moyens d'exercer pleinement son savoir
et son humanité, les parents font parfois la demande d'une doula. Certaines
sages-femmes sont aussi heureuses d'avoir une passeuse de relai en la personne
de la doula. Cette femme qui connait l'histoire du couple peut la transmettre
à la sage-femme, ce qui lui permet de travailler d'une bien meilleure
façon.
La question est sans doute : quelle est cette société où
nous avons besoin de doula ?
Pour que des femmes soient disponibles pour venir écouter les futurs
parents, il faut lui en donner les moyens, et cela passe par une rémunération.
Pourtant nous rémunérons des nourrices, assistantes maternelles
pour prendre soin de nos enfants. Ont-elles des formations poussées pour
cela ? Pourtant c'est souvent la personne qui va nous donner des pistes pour
mieux comprendre nos enfants, avec son expérience d'avoir vu grandir
de nombreux enfants, avec tous les échanges qu'elle a eu avec les parents.
Oui, dans notre société, nous ne pouvons plus compter sur le cercle
familial pour s'occuper des petits lorsque les parents travaillent. Et la fonction
de nourrice s'est professionalisée.
Alors oui, aujourd'hui, la femme qui écoute la femme pendant la grossesse,
qui écoute l'homme, qui peut transmettre l'expérience d'autres
femmes, qui peut faire le relai avec les équipes dans les histoires difficiles,
c'est une doula. Et elle se professionnalise, se dote d'une charte, et fait tout
son possible pour mettre ses forces au service de la profession de sage-femme.
Nous envoyons les couples vers les sages-femmes, rétablissons des dialogues
qui parfois étaient fermés. Nous écoutons la colère,
et aidons à la transformer en quelque chose de positif. Nous sommes aux
cotés de la femme, pour transmettre les expériences d'autres femmes.
Nous prenons le téléphone pour appeler nos réseaux lorsque
cet accompagnement sort de nos compétences. Parce qu'une femme en dépression
n'est pas forcément capable d'appeler plusieurs services et raconter
son histoire pour trouver le psychologue ou psychiatre qui pourra la prendre
en charge. Parceq u'une jeune femme isolée qui vient d'accoucher a parfois
une peur panique des services sociaux qui pourtant pourraient l'aider. Alors
nous tissons des liens, nous écoutons, nous transmettons, nous sommes
là pour ça. Pour les parents qui le demandent, pour ceux qui n'ont
pas ce soutien dans leur cercle.
Nous sommes là pour accompagner des femmes qui ne parlent pas français
et faire le lien entre des professionnels et ces femmes. Ou des femmes malentendantes.
Nous sommes là pour les femmes seules aussi. Nous sommes là car
ces femmes, ces hommes nous en font la demande.
Et si demain cette demande n'existaient plus, quel bonheur ! Si demain les
voisines prenaient le temps d'écouter cette femme qui pleure le soir
avec son nourrisson en remontant ses packs d'eau. Si des groupes de parents
se créaient dans tous les quartiers. Si les sages-femmes avaient le temps
de faire leur travail pleinement, en expliquant les termes non compris, en écoutant
les demandes spécifiques des couples, en étant une personne de
référence tout au long de la grossesse. Si les PMI avaient les
moyens de venir voir les jeunes parents à leur domicile pour prendre
le temps d'écouter toutes les questions dites « idiotes »
qu'ils se posent.
Si demain nous n'avions plus besoin de doula, c'est que la société
aurait changé et ce serait la plus belle récompense.
En attendant, nous entendons ces témoignages de difficultés autour
de l'attente d'un enfant. Professionnels, et surtout parents. Et les doulas
ne viennent et n'ont une légitimité que par la demande des parents.
Nous créons notre emploi, c'est un service à la personne. Comme
nous avons besoin de personnes pour nous aider à nettoyer notre maison,
à s'occuper de nos enfants, à les aider dans leur programme scolaire
(être étudiant donne-t-il une légitimité pour s'occuper
d'écoliers ?), à nous couper les cheveux, nous avons besoin de
femmes pour nous écouter et prendre le temps de nous aider à faire
le tri dans les conseils multiples.
Si au lieu de polémiquer, nous prenions le temps d'entendre ces demandes,
ces témoignages, ces détresses parfois ?
Si les conseils de l'ordre acceptaient de nous rencontrer plutôt que de nous
diaboliser, acceptaient de voir nos efforts pour développer une formation,
basée sur une éthique et une charte ? S'ils écoutaient
les sages-femmes, médecins, auxiliaires de puériculture, etc... qui chaque
jour témoignent positivement de leur collaboration avec une doula ?
Peut-être alors découvrirait-on que ceux qui ont des demandes
sont les parents, que la solidarité entre femmes n'est pas une antiquité
mais une nécessité réelle, et que c'est ensemble que nous
souhaitons avancer.
Charlotte Marchandise Fajardo
Octobre 2007
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