Ce que deux sages-femmes pensent de l’enfantement aujourd’hui

CLES, Retrouver du sens, 2010 (page 2)

2010-ClesPar Patrice van Eersel

Des amis communs nous ont fait rencontrer Nicole Andrieu, une jeune sage-femme strasbourgeoise qui, poussée par les circonstances, a appris le langage des signes pour pouvoir assister les futures mères sourdes. Elle travaille en équipe avec Valérie Supper-Huyard qui, dans le réseau des sages-femmes alsaciennes autonomes, présidé par Nicole, joue un rôle de formatrice et de leader. Avec elles, nous avons fait le tour des différentes questions qui nous sont venues en enquêtant pour le livre.

[...]

L'arrivée des doulas

N.C. : Vous prêchez la politique du pire ?

Valérie : Oui, ce sera si terrible que tout le monde voudra que ça s'arrête, autant du côté des sages-femmes que des patientes. L'important, ce sont quand même les patientes. Mais à notre époque, les femmes n'ont plus beaucoup d'enfants. Elles ne peuvent donc pas vraiment tirer la leçon : la première fois, elles sont déçues ; la seconde, elles essaient de faire mieux ; et l'affaire s'arrête là ! Elles ne constituent donc pas une force dynamisante. Quant aux sages-femmes, j'en forme depuis dix ans et je sens bien qu'elles aussi, maintenant, veulent surtout la paix. Tous ces facteurs ont tendance à figer la situation. Pourtant, je sens de nouveaux potentiels dynamiques...

Il se passe par exemple quelque chose de merveilleux : les doulas arrivent en France ! On appelle ainsi des accompagnantes de la naissance, qui ont fait un an de formation (une école vient d'ouvrir au centre de la France) ]] : ce sont obligatoirement des mères, qui apprennent des notions élémentaires d'obstétriques et dont le rôle, au moment de la naissance, est d'être présentes, pour faire ce que la sage-femme ne fait plus depuis longtemps : tout ce qui est humain, relationnel, paroles et gestes de réconfort, etc. Personnellement, je déplore ce désinvestissement de notre corporation, mais je suis obligée de le constater. J'ai d'ailleurs pris l'habitude de former les parents à se débrouiller tout seuls pour des tas de choses, sans sages-femmes. Et maintenant que ces doulas débarquent - à la demande des futures mamans -, brusquement, les sages-femmes se réveillent : « On nous prend le plus beau morceau de notre métier ! » Elles s'étaient endormies ! Hé, réveillez-vous, les filles ! Les doulas secouent le cocotier de la sage-femmerie française.

[...]