Doula, accouchement et allaitement

Dossiers de l'Allaitement n°43 , avril-mai-juin 2000

2000-DossierAllaitementAux USA, de plus en plus de couples décident d'avoir une doula pour les accompagner pendant la période qui entoure la naissance. Une doula est une femme expérimentée en matière de naissance, et qui apporte des informations et un soutien matériel et émotionnel. Les études effectuées par les anthropologues dans plus de 150 cultures ont montré que, traditionnellement, les mères étaient accompagnées, pendant le travail, par une autre femme, généralement de la famille ou de l'entourage proche. Cela était encore le cas jusqu'à la fin du siècle dernier dans nos pays. La pratique croissante de l'accouchement en service hospitalier a progressivement isolé la femme de son entourage. A l'heure actuelle où l'on commence à comprendre toutes les implications de l'accouchement pour la femme, les salles de naissance sont ouvertes au père, mais aussi aux autres membres de la famille ou à des amis si la mère le souhaite. L'intérêt d'une doula recommence à être reconnu.

Dès 1982 (Klaus), des auteurs se sont penchés sur l'impact de la présence d'une doula sur le déroulement de l'accouchement. Ces dernières années, des études sur le sujet ont été effectuées dans des pays aussi divers que la Belgique, le Canada, la Finlande, la Grèce, le Guatemala, l'Afrique du Sud et les USA. La doula était une personne expérimentée, souvent une sage-femme, dont le rôle consistait à s'occuper de la mère à l'exclusion de tout acte médical : elle lui parlait, la rassurait , lui offrait un contact physique et des encouragements, des informations sur le déroulement de son accouchement... Il est important que la personne accompagnatrice soit une femme, vécue par la mère comme étant chaleureuse, rassurante et à l'écoute de ses besoins et de ses désirs.

Les mères qui bénéficient d'un tel accompagnement ont un accouchement plus facile, avec moins de complications. L'analyse combinée des résultats donnés par diverses études montre que la présence d'une doula abaisse de 50% le taux de césarienne, diminue de 25% la durée du travail, de 60% la mise en oeuvre d'une péridurale, de 40% l'utilisation d'ocytociques, et de 30% l'utilisation de forceps. Le tout abaisse significativement le coût des soins obstétricaux.

On a aussi observé un impact à plus long terme. Les mères gardent de leur accouchement un souvenir plus positif, elles souffrent moins souvent de dépression du post-partum. Cela se comprend dans la mesure où l'on a observé que l'anxiété induit un ralentissement du travail ; la sécrétion d'adrénaline et de noradrénaline diminue les contractions utérines, ce qui allonge la durée du travail. UvnÀs-Moberg a suggéré que le contact physique offert par la doula (massages...) stimulerait chez la parturiente la sécrétion d'ocytocine au niveau cérébral, avec un effet euphorisant et une augmentation du seuil douloureux. Les mères qui avaient bénéficié de cet accompagnement étaient environ deux fois plus nombreuses à allaiter, et elles allaitaient plus longtemps ; la création d'un lien étroit mère-enfant était beaucoup plus rapide ; elles avaient un sentiment de compétence plus élevé vis-à-vis de leur rôle de mère, et passaient beaucoup plus de temps à s'occuper de leur enfant à 6 semaines. Elles avaient aussi de meilleurs rapports avec leur conjoint.

Dans la mesure où les pères assistent de plus en plus souvent à l'accouchement, on pourrait penser que la présence d'une doula devient inutile. Mais les études ont montré que la présence d'un accompagnant masculin (en général le père de l'enfant) n'avait pas le même impact positif. Même si le père souhaite assister à l'accouchement et que c'est aussi le désir de sa compagne, son rôle reste mal défini, et il sera généralement mal préparé à ce qu'il va vivre ; il pourra en garder un sentiment d'impuissance, de culpabilité devant la souffrance de sa compagne... L'observation du comportement du futur père pendant l'accouchement a montré que plus l'accouchement avançait, moins il avait de contact physique avec sa femme, tandis qu'une doula maintenait un contact physique étroit pendant toute la durée de l'accouchement. La présence d'une doula permettra au père de ne pas se sentir seul responsable du bien-être physique et émotionnel de sa compagne, et de vivre la situation de façon plus détendue ; des observations ont montré que le père et la doula avaient des rôles complémentaires sur le plan du soutien émotionnel de la femme.

Il existe aux USA une association de doulas. Elle propose des formations pour les femmes qui souhaitent devenir doulas, et fournit aux parents intéressés les coordonnées des doulas certifiées habitant dans leur région. La doula rencontre généralement le couple une ou plusieurs fois avant la naissance, et discute avec lui de ses attentes par rapport à l'accouchement. Le cas échéant, elle lui donne des informations. Il doit être possible de la joindre 24 heures sur 24 lorsque le terme est proche. Elle accompagnera la mère pendant tout l'accouchement, et veillera à son confort physique et émotionnel ; elle sera en permanence à l'écoute de la mère, pour répondre à ses besoins. Elle veillera aussi à soutenir le père, surtout s'il est inexpérimenté, ainsi que les autres personnes de l'entourage présentes à l'accouchement en cas de besoin. Partager un moment aussi intense qu'un accouchement crée souvent entre la mère et la doula une relation de confiance et d'amitié. Souvent, la doula suivra aussi la mère pendant les premiers jours ou les premières semaines post-partum. Pendant cette période privilégiée, la doula pourra aider la mère à démarrer l'allaitement dans de bonnes conditions. Beaucoup de doulas ont elles-mêmes allaité, ou elles ont reçu une formation leur permettant d'aider efficacement les mères allaitantes. Si ce n'est pas le cas, la doula devrait au moins pouvoir fournir à la mère les coordonnées de personnes qui pourront répondre à ses questions sur l'allaitement.

Bibliographie

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  • Klaus MH, Kennell JH and Klaus PH. Mothering the mother. Addison-Wesley, 1993.
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  • Lettre des AM n·14, 24 A