Les doulas : accompagner la naissance sans discriminer

Aleeka, 17 avril 2020

Par Yanataee

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Aleeka Les Doulas: accompagner la naissance sans discriminerEst-ce que les femmes racisées ont besoin de doulas plus que les autres ?

Les États-Unis ont le pire taux de mortalité maternelle dans le monde développé : 24,6 décès pour 100 naissances, contre 9,2 au Royaume-Uni (https://www.thelancet.com/pdfs/journals/lancet/PIIS0140-6736(16)31470-2.pdf). Les femmes noires américaines sont confrontées au racisme institutionnel et structurel jusque dans le système de santé. Ces injustices ont poussé les femmes noires à lancer le mouvement de “justice reproductive” afin de s’assurer que les femmes discriminées puissent avoir le même droit au respect, à l’accompagnement et à la bienveillance sans distinction.

Dans l’article racisées dès l’entrée en maternité : survivre à la trajectoire de soins sous influence, “des observations effectuées lors d’une phase d’étude du personnel soignant, démontre les amalgames faits entre plusieurs notions qui participent à des processus de racisation et influencent les décisions cliniques basées sur des représentations stéréotypées”. De ce fait, il est intéressant de s’interroger sur ce que les doulas peuvent apporter de plus aux femmes racisées de France.

Avec 70 sages-femmes pour 100 000 patientes – OCDE (2011), Panorama de la santé 2011 : Les indicateurs de l’OCDE – la présence en continu du personnel médical suivant une grossesse est impossible dans notre système de soins actuel. De ce fait, ces multiples facteurs créent du stress, de l’angoisse et de l’appréhension qui ne peuvent être absorbées par une équipe de soignants compétents mais souvent dans l’incapacité d’apporter ce complément proposé par les doulas qui interviennent précisément dans ce cas. Pas écoutées, pas prises au sérieux, mal informées, possiblement stéréotypées et exposées à des prises en charge sous influence, les futures mamans racisées sont susceptibles d’avoir besoin d’un suivi personnalisé moins technique, moins uniformisé, que peut leur offrir une doula.

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Lien vers l’article complet sur Aleeka, le magazine afropolitain

Aleeka Les Doulas: accompagner la naissance sans discriminerAleeka, 17 avril 2020

Par Yanataee

Qu’est-ce qu’une “doula”?

Le terme « Doula » est le féminin de « Doulo » qui signifie en grec ancien, esclave, plus anciennement “accompagnante de la naissance”. Le terme de doula est utilisé la première fois par Dana Raphaël aux États-Unis en 1973 dans son livre The Tender Gift. La doula a pour vocation d’accompagner et de soutenir la future mère et son entourage pendant la grossesse, l’accouchement et la période postnatale, grâce à son expérience et à sa formation, et cela uniquement en complément du suivi médical choisi par les parents (hôpital, clinique, sage-femme libérale…). Elle accompagne sans discrimination liée aux origines, à la religion ou à la préférence sexuelle des parents. Une doula n’a pas de fonction médicale, elle n’est pas thérapeute. Elle soutient le travail des sages-femmes. (source : Doulas de france)

Quel est le rôle d’une doula?

Les doulas ne donnent pas de conseils cliniques. Elles offrent un soutien physique, émotionnel et informatif aux futures mamans, avant, pendant et après l’accouchement. Elles renseignent celles-ci sur les interventions médicales, les étapes et les signes du travail, les positions idéales pour le travail et la poussée, à quoi ressemblent les environnements hospitaliers, ainsi que les étapes d’un d’accouchement à domicile.

Elles motivent les femmes à se rendre aux rendez-vous prénataux, elles connaissent tous les termes médicaux et anticipent les situations à risques, elles sont en mesure d’expliquer aux femmes ce qu’impliquent les traitements pour les aider à faire des choix éclairés avant de signer des documents qu’elles ne comprennent pas. Mais en aucun cas elle ne peuvent se substituer à un professionnel de santé en émettant des diagnostics ou en prescrivant des traitements médicaux.

En France, le vide juridique entoure les doulas. Celles-ci ne sont pas reconnues par le ministère du travail et celui de la santé. Elles n’ont donc aucun statut et cadre légaux d’exercice. De ce fait, afin de pouvoir exercer, elles montent leur propre agence ou se déclarent en tant qu’auto-entrepreneur. Elles facturent leurs prestations sur devis et il n’existe pas de prise en charge auprès de la sécurité sociale pour leurs services. Cela ne les empêche pas de mener de front des actions afin de faire revendiquer une existence sociale et professionnelle à travers un statut tel que le service à la personne.

Est-ce la même chose qu’une sage-femme?

Non ! Avec un statut plus proche de celui de technicienne de l’accouchement, une sage femme est une professionnelle de santé diplômée d’état qui prend en charge le suivi médical des femmes enceintes. Elle pratique les consultations et les échographies obstétricales, elle est capable de dépister des pathologies, et se réfère aux médecins gynécologues avec qui elle travaille en binôme. Elle peut prescrire des examens et des traitements en relation avec la grossesse, l’accouchement et les suites de couche. Pendant l’accouchement, elle accompagne le travail, est capable de prendre en charge l’épisiotomie et les points de suture, toujours en étroite collaboration avec le médecin gynécologue obstétricien.

Est-ce que les femmes racisées ont besoin de doulas plus que les autres ?

Les États-Unis ont le pire taux de mortalité maternelle dans le monde développé : 24,6 décès pour 100 naissances, contre 9,2 au Royaume-Uni (https://www.thelancet.com/pdfs/journals/lancet/PIIS0140-6736(16)31470-2.pdf). Les femmes noires américaines sont confrontées au racisme institutionnel et structurel jusque dans le système de santé. Ces injustices ont poussé les femmes noires à lancer le mouvement de “justice reproductive” afin de s’assurer que les femmes discriminées puissent avoir le même droit au respect, à l’accompagnement et à la bienveillance sans distinction.

Dans l’article racisées dès l’entrée en maternité : survivre à la trajectoire de soins sous influence, “des observations effectuées lors d’une phase d’étude du personnel soignant, démontre les amalgames faits entre plusieurs notions qui participent à des processus de racisation et influencent les décisions cliniques basées sur des représentations stéréotypées”. De ce fait, il est intéressant de s’interroger sur ce que les doulas peuvent apporter de plus aux femmes racisées de France.

Avec 70 sages-femmes pour 100 000 patientes – OCDE (2011), Panorama de la santé 2011 : Les indicateurs de l’OCDE – la présence en continu du personnel médical suivant une grossesse est impossible dans notre système de soins actuel. De ce fait, ces multiples facteurs créent du stress, de l’angoisse et de l’appréhension qui ne peuvent être absorbées par une équipe de soignants compétents mais souvent dans l’incapacité d’apporter ce complément proposé par les doulas qui interviennent précisément dans ce cas. Pas écoutées, pas prises au sérieux, mal informées, possiblement stéréotypées et exposées à des prises en charge sous influence, les futures mamans racisées sont susceptibles d’avoir besoin d’un suivi personnalisé moins technique, moins uniformisé, que peut leur offrir une doula.

Association Doulas de France

L’association Doulas de France, est une association professionnelle indépendante qui existe depuis presque 15 ans dont les objectifs sont les suivants :

  • soutenir et informer les femmes, les parents dans l’exercice de leur parentalité et dans le respect de leurs choix et de leur culture
  • favoriser la relation mère-enfant
    sensibiliser au respect des besoins fondamentaux de l’enfant et de la femme
  • encourager les processus physiologiques et notamment l’allaitement maternel
  • prévenir la difficulté maternelle, la dépression post-natale, la maltraitance, et leurs impacts sur les familles
  • soutenir et créer des réseaux dans le domaine de l’accompagnement à la naissance
  • étendre la transmission de femme à femme
  • offrir une voie de réinsertion professionnelle pour les femmes

Avec près de 200 adhérentes actives en provenance de toute la France, 102 doulas formées exerçant dans le respect des lois françaises, DDF (Doulas De France) est une des institutions françaises la plus structurée et la plus active. C’est également la seule institution à bénéficier d’une convention avec le Dr Benoît de Sarcus, chef du service gynécologie-obstétrique de la maternité de Nanterre, qui travaille en étroite collaboration avec les doulas professionnelles de DDF.

Fanta Cissé

Elle est fondatrice de l’agence Chrysalide and Cocoon.
Elle est doula, hypnothérapeute, coach en parentalité et fait partie du réseau des animateurs en communication apaisée Faber et Mazlish.
Maman de 3 enfants, elle propose un accompagnement individualisé pour aider les parents, les couples et les professionnels de l’enfance à prendre conscience de leurs ressources dans le domaine de la périnatalité, maternité, parentalité et la féminité dans le respect et la bienveillance.
Fanta anime une fois par mois une émission de radio sur la parentalité “Naitre&Savoir” sur la radio Marmite FM 88.4 et facilite des tentes rouges (cercles de femmes) dans le 78.

Notes

Donner naissance Doulas, sages-femmes et justice reproductive” de Alana Apfel aux éditions Cambourakis Coll. «Sorcières»

L’accouchement est politique. Fécondité, femmes en travail et institutions” de Laëtitia Négrié et Béatrice Cascales aux éditions L’Instant présent, coll. «Sciences humaines»

Les doulas une présence tout en douceur à la naissance” de Adela Stockton aux Editions Le Souffle d’Or